Actualité sportive en auvergne



Photo © CAMPAGNONI Francis

Mon souvenir de l'année 2018 : le 10 août

A l'occasion des fêtes de fin d'année, les journalistes de la rédaction des sports de La Montagne et de sports-auvergne.fr vous racontent le souvenir sportif de l'année 2018 qui les a le plus marqué. Huitième volet, ce samedi, avec Sébastien Devaur qui revient sur ce terrible 10 août. Le jour où le jeune Aurillacois Louis Fajfrowski a perdu la vie après avoir subi un choc lors d'un match amical face à Rodez.

L'émotion, qu'elle soit sportive ou non, a la capacité de se déplacer bien plus vite que le son, d'abolir les distances plus promptement que le vent et de foudroyer celui qui la reçoit plus rapidement encore qu'un éclair.

 
Il y a eu de belles émotions, bien sûr, en cette année sportive. Mais à l'heure de refermer l'agenda 2018 en Auvergne, celle qui me reste en mémoire n'est pas des plus agréables. Pour tout dire, j'étais, en cette soirée du 10 août, à dix mille lieues de penser à mon métier. Ce chaud vendredi de vacances marquait l'entrée tant attendue dans un nouveau chez-moi, et je n'avais pas, loin de là, la tête à l'actualité sportive. Jusqu'à cette lueur, sur mon téléphone portable, en milieu de soirée. Cette annonce, glaciale. Cette émotion qui a franchi en un dixième de secondes près de deux cents kilomètres pour me coller un uppercut qui, si je n'avais pas été assis à cet instant, m'aurait fait vaciller. Un rugbyman vient de mourir à Aurillac. 
 

Comprendre l'inconcevable

 
Le temps d'ouvrir l'article, j'envisage déjà divers scenarii pour un tel drame. Accident de voiture, malaise à domicile... Car il m'est inconcevable d'imaginer la mort rodant sur une pelouse, dans un couloir, dans un vestiaire. Surtout à Jean-Alric, ce stade que j'ai eu le plaisir d'arpenter durant mes années aurillacoises et même après... Aux premiers mots, cependant, de ma lecture, je réapprends que oui, hélas, une vie peut s'éteindre sur un terrain de rugby. Sur un plaquage. Sur un choc, une percussion d'homme à homme. J'entends déjà les jugements, les critiques des oiseaux de mauvais augure. Les « On vous l'avait bien dit, que ça arriverait un jour ». Les « Il faut réformer ce jeu avant que cela ne se reproduise ». Les conclusions tirées avant même que la vérité ne se fasse jour. 
 
Je découvre un nom. Un âge. Louis Fajfrowski. 21 ans. Il ne m'est pas complètement inconnu, puisque je continue à m'intéresser à l'actualité du Stade Aurillacois. Après l'effroi, je m'interroge : pourquoi a-t-il fallu que cela tombe sur lui ? Sur cette équipe ? Sur ce club si discret, à l'image de la ville, dont j'ai apprécié les valeurs, le contact avec toutes ses composantes ? Mérite-t-il de se retrouver sous le feu des projecteurs pour une raison aussi funeste ? Je pense à l'un des entraîneurs, Thierry Peuchlestrade, et à son éternel sourire qui n'y survivra peut-être pas. 
 
Je pense à la famille et aux proches du joueur. Au président Christian Millette. Aux anciens joueurs aujourd'hui salariés, bénévoles ou simples spectateurs. A certains de mes amis supporters. J'imagine leur désarroi. Je pense à mes collègues sur place. A Nourredine, qui est au stade et qui doit rédiger, malgré le choc, le compte-rendu de ce maudit match amical contre Rodez. A Malik, Emmanuel, Vincent, Jean-François et les autres, tous ceux qui, à distance ou pas, lui filent un coup de main. C'est alors que m'étreint le souvenir de Gérard, cet ami aurillacois, lui aussi journaliste à La Montagne. L'ancien joueur du Stade qu'il fût, le supporter qu'il est encore, sans doute, de l'autre côté. Lui aussi emporté par une défaillance du coeur _ qu'il avait véritablement sur la main _ en janvier dernier, « Gégé » n'aurait pas aimé ces heures sombres. Il n'aurait pas aimé voir ses couleurs chéries à Une ou sur les ondes en de si mauvaises circonstances. Il n'aurait pas aimé ces brassards noirs sur les maillots, ces minutes de silence pour un jeune rugbyman qu'il avait côtoyé et qu'il voyait grandir. Ces larmes, les jours qui ont suivi... Et celle qui commencent à poindre, au coin de mon œil, alors que je suis affalé sur mon canapé. Si distant, si loin, mais touché quand même. 
 
« L'après » aurait cependant réconforté Gérard. L'hommage rendu à Louis Fajkrowski, neuf jours plus tard, dans un stade plein, par un public ému et digne. Ses coéquipiers effondrés mais guidés par une force supérieure pour une victoire 20-19 face à Oyonnax, en ouverture de la saison. Aurillac relevait la tête, conjurait la mauvaise fortune. Une mauvaise fortune que devrait à son tour connaître, quelques mois plus tard, Nicolas Chauvin et le Stade Français. Et, au-delà du rugby, encore meurtri, l'ensemble du monde du sport.

 

Sébastien Devaur 

 

Les épisodes précédents :

- Mon souvenir de l'année 2018 : le 12 mai (Francis Laporte)

- Mon souvenir de l'année 2018 : le 25 février (Jean-François Nunez)

- Mon souvenir de l'année 2018 : le 23 novembre (Luc Barre)

- Mon souvenir de l'année 2018 : le 21 juillet (Raphaël Rochelle)

- Mon souvenir de l'année 2018 : le 25 novembre (Stéphanie Merzet)

- Mon souvenir de l'année 2018 : le 6 janvier (Kevin Lastique)

- Mon souvenir de l'année 2018 : le 13 novembre (Frédéric Verna)

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