Actualité sportive en auvergne



Photo © Thierry LINDAUER

Mon souvenir de l'année 2018 : le 12 mai

A l'occasion des fêtes de fin d'année, les journalistes de la rédaction des sports de La Montagne et de sports-auvergne.fr vous racontent le souvenir sportif de l'année 2018 qui les a le plus marqué. Premier volet, ce lundi, avec Francis Laporte, qui revient sur sa rencontre avec l'ultra-traileur Kilian Jornet, de passage en Auvergne le 12 mai dernier.

Combien sommes-nous dans la salle ? Une bonne vingtaine de journalistes ? L’Espace d’information Volvic, ses jolies bouteilles rangées comme des livres de collection, tient de la vitrine du site des Eaux. Et, en cette matinée du 12 mai 2018, du groupe Danone. Réception bon enfant mais au cordeau. Face aux caméras, aux micros, appareils photos, stylos, Vikram Korde, directeur marketing mondial, Emmanuel Faber, PDG de Danone et… Kilian Jornet. Le tout nouvel ambassadeur mondial des eaux de Volvic sourit. Politesse, gentillesse. Pour un passage obligé. Car à le regarder, moi le petit coureur, des côtes de Clermont et du pied du puy de Dôme, je vois plus un isard perdu dans la plaine, je ressens presque son bouillonnement interne. Que quelqu’un ouvre la porte et, j’en suis sûr, il s’élancerait vers la montagne.

Après la conférence de presse, j’ai un créneau de 10 minutes. Plus tard, entre 11 h 15 et 11 h 25, je crois. Journaliste de sport coincé entre généralistes, économistes, rédacteurs français et étrangers. Une page d’ouverture à écrire et à peine le temps de poser des questions. C’est notre règle. Tellement dommage, quand on a le privilège de rencontrer des personnes d’exception, qui poussent à l’admiration, qui, parfois, subliment votre propre pratique. Je me souviens de Roger Bambuck sur le bord d’un comptoir, de Sergueï Bubka au Trocadéro, de Sebastian Coe, rapidement, au All Star Perche. Bon, fin des discours. Je m’apprête à patienter.

« Il faut penser qu’on est un animal qui fait partie d’un tout »

Et puis là, tout s’éclaire, tout s’enchaîne, la chargée de communication s’approche : « si vous voulez Francis, vous pouvez passer le premier ». Je saute sur l’occasion. Dans la pièce à côté, me voici avec l’ultra-traileur aux incroyables exploits. J’ai lu ses livres, j’ai pensé à ses prouesses dans les moments durs. L’ Ultra-terrestre est là, 1,71 m, 59 kg, affable, modeste, presque intimidé. On s’assoit. Je suis fan mais demeure pro dans mon approche. Cela n’empêche pas : la magie opère. L’interview glisse. Les dix questions calibrées dans ma tête, pour une réponse moyenne d’une minute chacune, se succèdent naturellement dans une discussion riche. Question d’ondes. Je l’interpelle : « Avez-vous pensé qu’un jour, vous ne pourrez plus courir ? ». Accent chantant du Catalan : « Je sais que j’arrêterai un jour de courir. Mais ce jour-là, je pourrai marcher ». « Et le jour où vous ne pourrez plus marcher ? ». « Il y aura encore la contemplation des montagnes », m’assène l’amoureux de la nature.

Là, on est ailleurs. L’homme aux sept couronnes mondiales de ski-alpinisme, trois fois roi de l’ultra-trail du Mont-Blanc, monté deux fois sur l’Everest, la même semaine, sans oxygène, n’est que modestie. « Si je devais faire du basket, je ne ferais rien avec mon 1,70 m et mon physique assez maigre », sourit-il. On parle défi, peur, finalité. Monde de sensations. « On vit la seconde, on vit le moment, on ne se regarde pas nous-mêmes », me livre-t-il. Et puis, pour finir, un message dit dans son Français pyrénéen : « Il faut penser qu’on est un animal qui fait partie d’un tout ». Pour la deuxième fois, la responsable presse me rappelle obligeamment à l’ordre. Retour sur terre. Les autres attendent derrière moi. Terme de l’interview, enfin de la parenthèse privilégiée. On se lève ensemble. Poignée de mains avec une belle personne. Je sors et, c’est bizarre, j’ai la pêche. Pour la journée. Indéfinissable, comme rechargé...

 

Francis Laporte

 

Retrouvez l'interview de Kilian Jornet réalisée par Francis Laporte 

Kilian Jornet.
 

"Si, j'ai peur et c'est une chose qui est nécessaire"


"C'est la première fois que je viens dans la région et j'ai découvert un territoire magnifique"


Le plus grand des traileurs sur le plus grand des Dômes.
 

(reportage vidéo : Philippe Robert)

 

Francis Laporte

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