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Photo © Richard BRUNEL

Valentin Lavillenie : « J’ai traversé le seuil de l’enfer »

Fracture du calcanéum du pied gauche, le 6 mai 2018 ; deuxième perchiste français avec un record à 5,82 m, un an et deux mois plus tard. Valentin Lavillenie est revenu du « seuil de l’enfer ». Plus fort, l’année des Mondiaux de Doha.

Où étiez-vous il y a un an ?

« Au centre de rééducation de Capbreton où je me préparais à sortir sans remarcher totalement. J’ai eu ce droit trois jours avant les Europe de Berlin. Ma jambe gauche, mon mollet ne ressemblaient à rien. Je vivais avec la douleur, que je subis d’ailleurs encore aujourd’hui. »

 

Imaginiez-vous un tel retour ?

« J’y ai toujours cru parce que je n’allais pas me fusiller non plus. Mon but, c’était de me battre, de revenir, pouvoir refaire un jour 5,70 m, puis les minima pour les Mondiaux. Je ne me suis pas accroché à ça, c’était la finalité. Je me suis d’abord battu pour remarcher. »

 

Quelles furent les grandes étapes ?

« J’ai pu marcher en août, courir, enfin trottiner mi­-septembre, sauter en janvier, participer à une compétition en février (5,30 m à Miramas, le 2). J’ai eu une infiltration le 18 mars, j’ai participé à un premier stage à San Diego en avril et après, ça a suivi. »

 

Êtes-vous fier de ce parcours ?

« Oh oui ! Mais je n’ai jamais été seul. Mon équipe médicale, mon coach, ma famille et mes amis très proches m’ont toujours entouré. »

 

Tout cela rend plus fort ?

« Oui. J’ai traversé le seuil de l’enfer. Quand cela t’arrive soit tu te laisses carboniser, soit tu deviens plus fort. Mais, il me reste encore des démons du passé à effacer. »

 

Cette trajectoire permet de relativiser votre 4e place des France, dimanche ?

« Ça, c’est totalement un accident de parcours. La perf (5,36 m) n’est pas en adéquation avec mon niveau. »

 

« Ma sélection, je l’ai gagnée sur le terrain »

 

Avez-vous analysé votre concours ?

« Sur le premier saut à 5,51 m, je me fais piéger par le vent ; j’ai les épaules un peu en arrière sur le deuxième. Mais le troisième est inqualifiable. Je passe tout, le bassin 40 cm au­dessus de la barre et quand le saut est fini, je touche avec le bout des pecs. Pendant cinq minutes, j’étais totalement assommé. Derrière, j’allais faire 71, facile. Je suis parti voir ce saut au car régie de RMC Sport, sous tous les angles. Je sais comment je rate, mais pas pourquoi. Je me plante tout seul. »

 

Un échec pas sans effets...

« Pas de podium clermontois, pas de médaille, pas de performance. Mais pour la qualif à Doha, ça ne change rien. Ma sélection, je l’ai gagnée sur le terrain. Sachant d’où je viens, que je me suis toujours battu, que j’ai répondu présent en Diamond League (5,82 m à Monaco). Surtout que ma saison n’est pas finie et que je vais aller faire d’autres perfs. »

 

Quel est votre programme ?

« Déjà, quelques jours de vacances. Une exigence de mon kiné (Martin Cottarre) et de mon coach (Sébastien Reisdorffer). Je retourne en compétition le 9 août, dans un concours de rue en Allemagne, à Ulm. Là, comme Napoléon (sourire), je repars en conquête. Je ferai ensuite Paris, le 24 août, puis la finale de la Diamond League à Zurich, le 29. Et trois compétitions en septembre avant de partir à Doha. J’espère faire au moins 5,70 m à chaque fois et battre mon record. »

 

Francis Laporte

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