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Photo © MARQUET Frédéric

Kilian Jornet : "J'ai du mal à comprendre pourquoi je suis admiré"

On ne présente plus Kilian Jornet, véritable légende de l'ultra-trail. Pendant deux jours, l'Espagnol est venu à la rencontre d'une foule de passionnés lors de la Volvic Volcanic Experience. Des sollicitations qu'il essaie de gérer au mieux mais qui au fond de lui le gênent un peu. Kilian Jornet est une personne introvertie qui aime à se retrouver seul.

Papa d'une petite fille depuis quelques semaines, Kilian Jornet arrive dans un moment de sa vie où des choses vont inévitablement changer. Mais pas question pour lui d'abandonner la montagne qu'il aime tant. Au contraire, il compte transmettre cet amour à son enfant. Comme il le fait d'ailleurs auprès de tous ces passionnés admirant le champion. Cette notoriété, Kilian Jornet essaie de l'accepter tant bien que mal. S'il ne la comprend pas toujours, elle lui permet aussi de faire passer des messages. Lui le fervent défenseur de la nature. Entretien.

 

Vous êtes venu en tant qu'ambassadeur de la marque Volvic. Mais vous êtes surtout ambassadeur de toute une discipline. Comment voyez-vous ce rôle ?
« Ce n'est pas une chose que je recherche. Si tu penses trop à avoir un rôle d'ambassadeur, tu changes peut-être ta façon d'agir. J'aime le trail running, j'aime les courses en montagne. Ce sont des choses qui me passionnent. Donc pour moi c'est facile de montrer la beauté de sport. De montrer quelles sont les choses qui sont intéressantes. C'est pour ça que c'est simple pour moi de le faire.

 

Vous êtes tout de même l'objet de nombreuses sollicitations. Est-ce que c'est quelque chose qui vous gêne ? Ou s'agit-il d'un honneur pour vous ? 
Quelque part oui, je me sens honoré. Parce que cela veut dire que les choses que je réalise peuvent inspirer des gens. Cela peut les amener à la nature, à pratiquer du sport... De l'autre côté, c'est vrai que je suis une personne très introvertie. J'ai besoin de solitude, de silence. Si je suis trop en société, je n'arrive pas à le gérer. Il faut que je trouve le bon équilibre entre le silence et le fait d'être en société.

 

Au milieu de cette foule vous sentez-vous oppressé ?
Non pas oppressé. C'est juste que j'ai du mal à comprendre pourquoi les gens me suivent ou pourquoi je suis admiré. La seule chose que je fais, c'est de courir plus vite. Ce n'est pas une chose qui est très intéressante par rapport à un instituteur qui transmet des choses ou un scientifique qui peut changer le monde. 

 

Peut-être que vos performances ou votre philosophie de vie inspire aussi tous ces gens...
Oui je peux le comprendre. Mais jusqu'à un certain point. Pour moi, la performance  devrait rester quelque chose de très personnel. C'est une chose que tu recherches pour te connaître toi même. Mais comme je le disais, si je peux amener des gens à se motiver, à être dehors, à pratiquer le sport, à aller dans la nature... Car plus tu vas dans la nature, plus tu la comprends et donc plus tu vas la protéger. Si toutes ces sollicitations autour de moi sont le prix à payer pour ça, je pense finalement qu'il s'agit d'une bonne chose. 

 

Volvic Volcanic Experience : [Classements complets]

 

Vous parliez de votre désir de vous retrouvez souvent seul... Est-ce que vous êtes venus à l'ultra-trail pour assouvir ce besoin de solitude ?
Non, ce sont deux choses différentes. Je vis dans la montagne depuis tout petit. Je ne l'ai pas choisi. C'est mon milieu naturel. En ville je me sens étranger. Il y a du bruit partout, des bâtiments, de l'asphalte... Je ne suis pas bien. Et quand je suis en montagne, que ce soit partout dans le monde, je me sens à la maison. Après c'est vrai que c'est pratique pour trouver le silence (rires).

 

Il y a eu du changement dernièrement dans votre vie personnelle avec l'arrivée d'une petite fille. Est-ce que cette paternité va vous faire aborder les choses différemment ?
Les choses vont surtout changer d'un point de vue logistique je dirais. Avant, si j'avais envie de partir le vendredi matin pour faire une course n'importe où, j'y allais. Maintenant, il faudra peut-être planifier un peu plus les choses. Mais mis à part cela, ma compagne et moi avons la même philosophie par rapport à ça. On pratique le même sport donc c'est assez simple. On a envie de continuer à faire des choses, d'avoir des projets, d'aller en montagne... Mais désormais on va amener notre gamine.

 

C'est donc visiblement important aussi de transmettre votre passion à votre enfant...
Oui pour moi c'est important. Mes parents l'ont fait remarquablement bien en me transmettant leur amour pour la nature et pour le sport. Et j'espère aussi que nous saurons le faire avec notre fille. 

 

En pratiquant l'ultra-trail vous évoluez dans des milieux naturels instables et périlleux. Est-ce que votre propre gestion du danger va changer avec la paternité ?
Je suis quelqu'un d'assez prudent déjà. J'ai assez peur des choses. Et déjà avant, quand je pratiquais une activité à risques, je regardais à chaque fois les possibles dangers objectifs mais aussi subjectifs. Je faisais également le bilan de mes capacités. Je posais toutes les inconnues pour pouvoir répondre "oui ou non" à l'équation. Si c'était "non", je n'y allais pas. Il y a toujours des risques c'est sûr, mais je suis quelqu'un qui essaie de ne jamais laisser trop d'incertitudes.
Après c'est certain que la notion de risque en montagne est présente. Mais le danger est très visuel. Tu regardes la montagne et tu te dis "tu grimpes en solo, tu tombes et tu es mort". En ski, s'il y a une avalanche, tu es mort. Ce que je veux dire, c'est que les probabilités que ces choses arrivent, avec une bonne préparation, sont bien moindres que celles de mourir d'une maladie respiratoire si tu habites dans une grande ville. Répondre à un texto au volant est aussi quelque chose de très risqué. Et finalement, on est plus habitué à être en voiture qu'en montagne... Il faut donc relativiser les choses. 

 

Arnaud Clergue

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