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Photo © Richard BRUNEL

Benjamin Kayser (ASM) : « Fier de ma carrière »

Plus qu’une page, c’est un chapitre qui se ferme pour le talonneur de l’ASM. Il ne rejouera plus au rugby, rattrapé par l’un des maux de ce professionnalisme qui abîme les corps, qui oblige, parfois, les joueurs à dire stop. L’heure est venue pour le Parisien de tirer le bilan.

Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit au moment de raccrocher les crampons ?

« Beaucoup de fierté. J’ai l’impression d’avoir fait le tour, l’impression d’avoir tout donné, de n’avoir aucun regret. Même si, bien évidemment, j’aurais préféré une sortie victorieuse de mon équipe.

Quand vous avez commencé votre carrière, vous attendiez-vous à ce riche parcours ?

Ce que j’ai vécu a largement dépassé ce que j’attendais parce que je n’avais rien prévu. Je ne fais pas partie de la génération de mecs qui ont décidé de devenir des pros. Je fais partie de la génération qui a débuté le rugby chez les jeunes, qui a accroché très vite.
Après, quand j’ai été bon avec mon club (chez les petits), j’ai voulu jouer en sélection régionale ; puis être surclassé pour jouer avec les grands ; puis devenir titulaire en Crabos, en Reichel et en Espoirs. Capitaine en Espoirs, toujours au Stade Français, j’ai eu envie d’être le plus jeune joueur chez les pros. Devenir un joueur majeur, toujours au Stade Français, a ensuite été mon but. Et ainsi de suite, jusqu’à l’équipe de France.


« Clermont pour moi, c’était la zone du Brézet, son Novotel ou le carrefour des pistes… »


Vous avez repoussé sans cesse vos limites ?

Tout à fait. Celui qui trace un plan de carrière, je n’y crois pas. Ça n’existe pas. Une carrière, c’est saisir les opportunités et donner toujours le meilleur de toi-même. Et ne jamais oublier que c’est un jeu. Jeune professionnel, on m’avait prévenu que ça passait très vite et qu’une carrière de rugbyman était une parenthèse dorée dans la vie.


Un regret ?

Ne pas avoir été champion d’Europe (la grande, ndlr) une fois. Mais je suis largement capable de m’asseoir dessus pour protéger ma santé.


Vos choix de carrière ont-ils été toujours bons ?

Mes orientations m’ont amené à Clermont et j’y ai joué 8 des 15 saisons de ma carrière. Moi, le « titi parisien », dont le Stade Français était le club de cœur, j’aurais fait plus de la moitié de ma carrière à Clermont.
Si tout avait fonctionné pour moi au début, serais-je venu ici à l’ASM?? Probablement pas. J’avais des a priori et je n’étais pas assez ouvert d’esprit. Clermont pour moi, c’était la zone du Brézet, son Novotel ou le carrefour des pistes…

« Franck (Azéma) m’a dit "il faut que tu te protèges"?; quand je lui ai annoncé ma décision d’arrêter, il était soulagé. »


Racontez-nous votre décision d’arrêter, six mois après avoir prolongé…

En septembre, le staff me dit qu’il veut me garder. On tombe assez vite d’accord même si je ne signe qu’en novembre. Là, les examens de contrôle (du rachis cervical, ndlr) sont bons, j’ai juste une petite détérioration mais rien de sérieux. Et il y a eu une alerte en février?; là, ce n’était pas pareil. J’ai eu un doute. Le staff l’a compris.
Franck (Azéma) m’a dit « il faut que tu te protèges »?; quand je lui ai annoncé ma décision d’arrêter, je crois qu’il était soulagé.


Quelles personnes ont influencé votre décision ?

Mon père, très présent dans ma carrière, qui m’a dit "range-toi du côté de la raison". Et puis ma femme, qui n’est pas rugby, et qui a envie d’une autre vie. Et puis Jean Chazal et Aurélien Coste, des neurochirurgiens qui m’ont beaucoup accompagné. Aurélien Coste, quand je lui ai annoncé mon choix, il m’a dit merci. Ça lui enlevait des maux de tête.


Que retiendrez-vous d’important de votre carrière et nombreuses expériences diverses ?

J’ai compris l’importance, surtout quand tu es au début de ta carrière, d’être entouré de dinosaures. J’ai connu cela à Leicester, au Stade Français. Quelle aurait été ma carrière si je n’avais pas débuté aux côtés des Marconnet, Roncero, Lemoine… Il n’y avait pas mieux en Europe. J’ai eu beaucoup de chance.


Justement, quels joueurs vous ont marqué ?

J’ai connu d’immenses joueurs. Aurélien (Rougerie) bien sûr. Hernandez, Pichot, Dominici, de sacrées personnalités. Julien Bonnaire, par son élégance, sa classe. Tous de grands bonhommes. À l’ASM, Zirakashvili, le pilier droit avec lequel j’ai le plus joué dans ma carrière?; Parra bien entendu, Lapandry aussi qui, en plus, est un super pote. Avec tous ces mecs, il y a des choses spéciales, pas forcément de l’amitié, mais un vécu énorme. Comme dit la chanson de Jo Dassin, on s’est aimé comme on se quitte.


Et quel talonneur retiendrez-vous ?

Je n’ai jamais été fan des talonneurs mais j’ai énormément de respect pour Keven Mealamu, le All Black. Un monstre à son poste. J’ai eu la chance de jouer une fois contre lui, une gentillesse et une simplicité hallucinantes. Après, j’ai beaucoup de respect aussi pour Raphaël Ibanez. Je me suis un peu identifié à lui alors que je ne le connais pas vraiment.


On imagine que vous aviez rêvé d’une meilleure fin que cette défaite contre Toulouse ?

La fin n’est pas idyllique avec cet échec, mais ça n’effacera rien de ma carrière dont je suis très fier. Et puis, la victoire en Challenge européen, il y a un mois, m’a fait un bien énorme même si elle ne gomme pas les défaites par ailleurs. Mais au final, je me souviendrai plus des victoires. »

Propos recueillis par Christophe Buron

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