Actualité sportive en auvergne



Photo © Rémi DUGNE

Audrey Merle : "stop" pour croire en "encore"

Dans une publication (voir par ailleurs) sur sa page Facebook ayant déjà énormément été « likée » et partagée en quelques jours, la triathlète clermontoise Audrey Merle vient de clamer autant son amour pour son sport que les raisons qui la poussent aujourd’hui à s’éloigner (un temps ?) de sa pratique à haut niveau, à 23 ans. Retour sur un témoignage fort.

Audrey, cela faisait-il longtemps que vous vouliez faire cette déclaration ?

« Oui, c’est vrai... J’avais besoin de m’exprimer mais peut-être un peu aussi, parler pour d’autres. Je pense qu’il y a pas mal de personnes qui ne sont pas loin d’avoir vécu ou de vivre la même chose que moi et, au final, personne n’en parle parce que ce n’est pas comme ça qu’on nous apprend à nous comporter en sport. Mais il y a un paquet d’athlètes qui "disparaissent" du jour au lendemain parce qu’il y a trop de choses qui leur pèsent. On pense que c’est juste qu’ils ont décidé d’arrêter alors que souvent c’est parce qu’ils ont eu des problèmes qui se trouvent masqués. »

 


Votre 41e place lors de l’étape de Coupe du monde de Madrid en fin de semaine dernière, a-t-elle été l’élément déclencheur ?

« Oui, forcément. Parce que pas mal de personnes me demandaient ce qu’il s’était passé. Je suis allée à Madrid avec toute la bonne volonté du monde mais en course, aujourd’hui, j’ai un vide et c’est hyper frustrant. Il n’y a que moi et mon entourage proche qui savons ce que je fais à l’entraînement : et ça paraît complètement aberrant, mais je suis incapable de le mettre en place en course. En plus, je ne me contente plus du "moyen". Le "moyen", j’y suis passée pendant plus d’une année où on m’a dit de m’accrocher tant que physiquement, je n’étais pas encore revenue à mon niveau après mes soucis, mais je n’en ai plus envie parce que vu ce que je réalise aujourd’hui à l’entraînement, ce n’est pas normal que je ne fasse pas du "très bien" en compétition. Après, j’estime que je n’ai pas à me justifier sauf qu’au final, de toute façon, en tant que sportif de haut niveau, on est tout le temps jugé, qu’on le veuille ou non, même si moi, j’ai toujours essayé de me détacher du regard des gens. Et ce texte, je pensais que c’était peut-être aussi un moyen de faire comprendre des choses à ceux qui ne regardent que les résultats et interprètent très vite, en faisant des raccourcis. »

 

Qu'envisagez-vous, pour vous-même, à présent ?

« Sportivement, je vais tout faire vraiment à l’envie, avec la notion de plaisir. Cela n’aura peut-être aucune cohérence en termes d’entraînement mais aujourd’hui, ce n’est pas de faire du sport dont je n’ai plus envie, et ce que j’ai écrit, ça ne veut pas dire que je vais arrêter. En revanche, une chose est sûre, dans l’immédiat, je ne vais pas faire de compétition internationale tant que je n'en ai pas envie, mais vraiment envie. Tokyo 2020 (Jeux Olympiques), de toute façon, ce sera trop compliqué. Mais je vais me faire une liste de tout ce que j’ai toujours eu envie de faire en triathlon, pour essayer des choses, ce qui m’était incompatible avec mon calendrier de haut niveau ou ma préparation jusque-là, tout en gardant les Grands Prix avec Issy-les-Moulineaux que je n’ai pas envie de lâcher et parce que les week-ends que je passe avec mon club me plaisent. Après, il sera temps de voir, pour l’année prochaine et la suite, quel fonctionnement me convient le mieux. Et pourquoi pas, si tous les voyants sont au vert, surtout dans ma tête, repartir sur un cycle de 4 ans avec l’envie de performer. En fait, je n’ai que 23 ans mais j’ai du mal à me le dire parce que les quatre dernières années ont été tellement denses que j’ai l’impression d’avoir passé plus de temps que cela dans le triathlon... »

 

Jean-Philippe Béal

Commentaire