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Rugby ASM
Photo © Pierre Couble

ASM - Racing : on a revu le match de M. Barnes

Vingt-quatre heures après l'élimination de l'ASM en quart de finale de Champions Cup face au Racing (17-28), nous avons décortiqué les actions litigieuses de cette rencontre. L'arbitre M. Barnes et ses assesseurs ont-ils pris de bonnes ou de mauvaises décisions ? Eléments de réponse. 

17e : altercation Parra – Le Roux

Les faits : Après une nouvelle incursion des Clermontois - ultra-dominateurs depuis le coup d’envoi (82 % d’occupation pour Clermont lors des 16 premières minutes) – dans les 22 mètres du Racing, les Franciliens héritent d’une mêlée. Machenaud extrait le ballon et sert Thomas, qui se fait plaquer. Sur le déblayage, l’avant-bras de Le Roux heurte la tête de Parra qui attrape, en retour, le casque du Racingman. Les deux joueurs se chamaillent au sol et le Francilien finit par repousser la tête du Clermontois avec sa main. Tout ça devant les yeux de l’arbitre de touche. L’arbitre demande la vidéo. M. Barnes appelle les deux protagonistes. « Je comprends que c’est un match à émotion », avant de s'adresser au Racingman. « Vous vous appuyez avec le bras. Si on vous reprend, la sanction sera différente ». Il leur a également demandé de bien écarter les mains sur les zones de rucks. 
L'arbitre ordonnera finalement une pénalité pour l’ASM. Les Clermontois décident de la taper. Morgan Parra rajoutera trois points (9-0, 17e).
 
Le verdict : En conférence de presse d'après-match, Franck Azéma, le directeur sportif de l’ASM, n'avait pas caché sa colère. Invité chez nos confrères de France Bleu ce lundi soir, le technicien auvergnat se montrait toujours aussi ferme :  « c'est carton rouge ». 
Pour l’arbitre, le geste de Le Roux relevait plus du mauvais réflexe que d’une brutalité, qui elle doit être sanctionnée d’un carton. 

 

22e : essai refusé à Vakatawa

Les faits : Sur la première incursion des Franciliens dans les 22 mètres auvergnats (22e), Virimi Vakatawa finit derrière la ligne. Alors que Maxime Machenaud s’apprête à taper la transformation, M. Barnes l’arrête et demande la vidéo. Au moment où Vakatawa se saisit du ballon, Chat se trouve devant lui et donc en position de hors-jeu. Dans la continuité, il fait action de jeu en venant percuter Lamerat et en empêchant ainsi ce dernier de défendre.  
Au final, l’arbitre refuse logiquement l’essai. Il revient à une pénalité pour l’ASM, qui ramènera le jeu à hauteur de la ligne médiane, avant d’encaisser l’essai de Nakarawa sur l’action suivante. 
 
Le verdict : l’arbitre a pris la bonne décision. Sur les images, on voit clairement que Chat se trouve au-delà du ballon au moment où Vakatawa se saisit du ballon.
 

34e : l’essai de Betham (ASM)

Les faits : Mêlée pour l’ASM sur les 40 mètres du Racing. « 89 » pour Clermont, Lee sert Parra qui redouble avec Fernandez plein centre avant de s’engouffrer entre Vakatawa et Chavancy. Le demi de mêlée auvergnat allonge la passe pour Betham qui se saisit du ballon, résiste au retour de Dupichot et plonge dans l’en-but. 
M. Barnes accorde l’essai, sans faire appel à la vidéo.
 
Le verdict : Comme sur l'essai d'Andreu (voir ci-dessous), la passe de Morgan Parra est clairement en-avant : il a lâché le ballon deux mètres avant la ligne des 22 mètres et Betham s’en est saisi sur la ligne. Mais on le sait, la trajectoire du ballon n'est pas le seul critère pris en compte par l'arbitre. Il y a notamment la position des mains (voir vidéo ci-dessous). Sur cette action, celles de Morgan Parra ne semblent pas tournées vers l'avant. Selon les règles de World Rugby, rien ne semble répréhensible sur cette action. Même si tout cela reste très flou...
 

43e : l'essai refusé à Abendanon (ASM)

 
Les faits : à ce moment-là, Clermont est dans une grosse phase de domination. Une percée de Patricio Fernandez est stoppée irrégulièrement à 5 mètres de la ligne du Racing. L'avantage est laissé aux Auvergnats qui jouent au large. Le ballon arrive jusqu'à Nick Abendanon qui, malgré un plaquage sur lui, parvient à tendre le bras et à aplatir le ballon... Sur la ligne ? Wayne Barnes demande l'aide de la vidéo et finit par refuser l'essai pour revenir à la pénalité. L'ASM marquera les trois points (17-16). 
 
Le verdict : l'essai semble avoir été justement invalidé. Aucun angle de caméra ne donne l'impression que le ballon touche la ligne. La première pression du ballon est réalisée quelques centimètres devant la ligne et Abendanon semble ensuite perdre le contrôle du cuir du bout des doigts. 
 

64e : l'essai d'Andreu (Racing)

Les faits : Le Racing dispose d'une mêlée dans son camp et joue une « 89 » côté fermé. Celui lui permet de remonter une vingtaine mètres et de pénétrer dans le camp clermontois. Peter Betham et Patricio Fernandez ne parvienne pas à plaquer le nouvel entrant Dan Carter qui fixe bien avant de servir Marc Andreu sur l'aile gauche. Ce dernier va aplatir sous les poteaux. 
 
Voyant que la passe de Carter est peut-être en avant, le banc francilien, via le porteur d'eau Dimitri Szarszewski, ordonne à Maxime Machenaud de convertir l'essai par un drop le plus rapidement possible, afin que l'arbitre n'ait plus la possibilité de demander la vidéo. Le demi-de-mêlée s'exécute mais M. Barnes estime que le drop n'a pas été tapé « proprement » et lui demande de le refaire. 
 
Entre-temps, les ralentis de l'essai ont défilé sur les écrans du stade et vraisemblablement dans la cabine de l'arbitre vidéo. M. Barnes empêche donc Machenaud de transformer sa deuxième tentative et, cette fois, demande la vidéo. Deux minutes exactement après qu'Andreu ait aplati dans l'en-but, l'arbitre valide l'essai que Machenaud transforme tranquillement (17-23). 
 
Le verdict : On entend distinctement M. Barnes le dire lui-même au moment où il valide l'essai : « Ce n'est pas clair. » On est d'accord avec lui ! Le flou est dû au fait que dans ce genre de situation, les règles de World Rugby laissent une petite place à l'interprétation. La trajectoire du ballon ne doit pas être seule prise en compte mais également d'autres critères, comme la position des mains. 
 
Concrètement, il est incontestable que le ballon a avancé de quelques mètres entre les mains de Carter et la réception d'Andreu au niveau de la ligne des 22 mètres. Pour autant, cela ne suffit pas à faire obligatoirement de cette passe un en-avant en raison de la vitesse relative du ballon avec un joueur qui arrive lancé. Cette donnée est d'ailleurs bien expliquée dans la vidéo ci-dessous : 
 
 
 
Pour savoir si l'en-avant est avéré, World Rugby préconise de regarder la position des mains du passeur et le positionnement du receveur au moment de la passe. Dans les deux cas, rien ne nous semble véritablement répréhensible. Les mains de Carter ne sont pas dirigées vers l'avant et Andreu se trouve quelques mètres en retrait au moment du geste. Dans l'esprit, si l'essai clermontois de Betham a été validé, il n'est pas totalement illogique non plus d'accorder celui du Racing... 
 

70e minute : essai refusé de Grosso (ASM)

Les faits : l'ASM se trouve à moins de dix mètres de la ligne adverse. Laidlaw hérite du ballon mais le perd sous l'effet d'un plaquage de Machenaud. Le Racing relance le ballon depuis ses 22 mètres et Grosso intercepte une passe entre Nakarawa et Thomas pour filer à l'essai. Laidlaw s'apprête à transformer quand M. Barnes, prévenu par l'un de ses assistants, fait à nouveau appel à la vidéo pour un en-avant clermontois au début de l'action. 
 
Le verdict : l'essai semble justement refusé car un mini en-avant a bien été réalisé par Sitaleki Timani avec sa main droite après que le ballon tombé ait ricoché sur deux genoux différents. Après la rencontre de dimanche, Rémy Grosso était d'ailleurs catégorique sur cette action : « Il faut être de bonne foi. Je crois que c'est Sita (Timani) qui touche le ballon et il y a en-avant. La vidéo a été utile sur ce coup-là. » 
 

72e : la pénalité sifflée contre Grosso (ASM)

Les faits : Clermont jette ses dernières forces dans la bataille et se trouve en bonne position à 10 mètres de la ligne du Racing. Rémy Grosso déborde et tombe suite à un contact avec Teddy Thomas. A peine au sol, l'ailier auvergnat se relève et gagne quelques mètres avant d'être interrompu par le sifflet de M. Barnes. 
 
Le verdict : l'arbitre s'explique tout de suite auprès du joueur. « Le plaquage était réalisé », dit M. Barnes. Autrement dit : le joueur est sanctionné pour être reparti après le plaquage adverse qui l'a mis au sol. Il s'agit ici d'une erreur car, lorsque l'on revoit les images, Grosso n'est pas tenu au sol par un Racingmen. Il avait donc le droit de se relever et de repartir.


Conclusion


En revoyant la rencontre, on s'aperçoit que M. Barnes s'est très peu trompé. La seule décision sur laquelle il a commis une erreur, c'est la pénalité sifflée contre Rémy Grosso à la 72e minute. Il n'était pas tenu et il aurait pu et dû poursuivre son action.
En revanche, les essais accordés à Betham et Andreu portent à confusion. Mais au moins, l'arbitre a été cohérent en les accordant tous les deux.
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