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Photo © Stéphanie Para

Des nouvelles règles de plaquages qui font débat chez le rugby amateur

Plus d'un mois après le début des championnats fédéraux et territoriaux, le monde du rugby amateur continue toujours d’appréhender les nouvelles règles autour des plaquages. Une adaptation loin d’être simple pour les joueurs et les entraîneurs.

Candidate auprès de World Rugby pour trouver des solutions aux maux du rugby en matière de sécurité des joueurs, la Fédération française teste cette saison de nouvelles règles. Centrées sur les plaquages.

De la Fédérale 2 aux Séries, le plaquage en-dessous de la ceinture est désormais obligatoire et les plaquages à deux interdits. Tour d'horizon, en trois points, de mesures qui font parler dans le monde amateur auvergnat et corrézien.

Illustration d'un plaquage parfaitement réalisé par un joueur de Clermont-Cournon


1. Le constat

 

 

Censées fluidifier le jeu, les nouvelles règles ont clairement l’effet inverse pour le moment en Fédérale. Exemples récents?: 37 pénalités sifflées lors du match Malemort - Limoges en Fédérale 2?; 40 interventions de l’arbitre lors du derby Vichy - Cournon dans la même division… Difficile d’assister à un semblant de jeu avec pratiquement une faute sifflée toutes les deux minutes. De quoi frustrer les entraîneurs mais aussi et surtout les joueurs qui, sur le terrain, paraissent parfois désabuser.

« Ces nouvelles règles sont en phase de test cette saison. Nous ferons le point à l’été prochain, mais les premiers retours que j’ai pu recueillir, dans toutes les Ligues, sont franchement positifs. Il y a forcément aussi une période d’adaptation pour tous les clubs mais nous allons dans le bon sens. »

Christian Dullin, secrétaire général de la FFR 

 


2. Les réactions

 

 


« Les temps de jeu durent une minute, puis une pénalité est sifflée. C’est déprimant. » Un peu plus d’un mois après l’instauration de cette nouvelle règle, Vincent Tauzia n’arrive toujours pas à s’y faire. « Ce n’est pas le rugby pour lequel je m’entraîne depuis que j’ai 15 ans », poursuit le talonneur de Cournon qui se pose clairement la question de la suite à donner à sa carrière.

 

Une frustration aussi présente chez Sébastien Danovaro, l’entraîneur des trois-quarts de Malemort qui prône, depuis plusieurs saisons, un jeu enlevé, basé sur le mouvement. « Je ne dis pas qu’on va renier notre rugby mais il faut revoir certaines séquences. Je trouve que les joueurs prennent moins d’initiatives, qu’ils ont peur de mal faire. »

Les plaquages hauts continuent, eux, de toujours exister.

Pour d’autres en revanche, les avis sont moins tranchés. Exemple avec Arthur Roulin, ancien joueur professionnel et désormais 3e ligne de Vichy (Fédérale 2). « Avoir abaissé la ligne de plaquage, c’est très bien » avoue-t-il. En revanche, il est moins convaincu par l’interdiction du plaquage à deux. « C’est plus dangereux. Quand un joueur costaud vient attaquer la zone du dix, il n’y a plus le troisième ligne pour subir la collision en même temps que lui. »

« En début de saison, nous avons essayé au maximum d’être compréhensifs et pédagogues pour faire adhérer les joueurs et les entraîneurs. On constate depuis beaucoup d’efforts faits par tous les clubs.
Nous sommes aussi plusieurs arbitres a avoir adopté une terminologie bien spécifique pour les plaquages dits hauts. On parle d’un plaquage "non-conforme" quand il est en-dessous des épaules et d’un plaquage "dangereux" au-dessus. Cette distinction est importante.  »

Cyril Perpinan (Arbitre du comité du Limousin
depuis 18 ans)



3. Les solutions

 

 

À Malemort, pour essayer de trouver des solutions, Sébastien Danovaro a opté pour une approche bien particulière à l’entraînement. « On travaille en situation d’infériorité numérique sur des phases défensives. On essaye d’anticiper les éventuels cartons », pose l’entraîneur des trois-quarts.

« Ce n’est qu’une affaire de duels maintenant. Il n’y a que des uns contre uns. Cela peut s’apparenter à la défense du handball, abonde Patrice Giry, coentraîneur de Clermont-Cournon. Chacun prend son adversaire direct, les autres ferment les transmissions autour. »

 

Afin de sensibiliser encore un peu plus les joueurs à ces nouvelles règles, le staff cournonnais - qui n’avait pas hésité à placarder les documents envoyés par la FFR sur les murs des vestiaires en début de saison - a récemment demandé à un ancien arbitre d’intervenir lors d’une séance d’entraînement. Une intervention en deux temps?: une première partie avec de la vidéo suivie d’une mise en situation sur le terrain.

Du côté de l’USA Limoges, l'arrière - buteur Hugo Veyssière joue cartes sur table. « Il faut simplement tenir le ballon et attendre la faute de l’adversaire. Ce n’est pas beau, ce n’est pour ça qu’on joue au rugby mais c’est efficace pour le moment. »

Et du côté des Séries.
Si le rugby fédéral grince des dents, en séries, les retours sont plus positifs. De l’aveu de plusieurs entraîneurs de 3e et 4e séries, l’interdiction des plaquages à deux a notamment permis de fluidifier le jeu. D’autres techniciens d’Honneur ou de 1re série préfèrent mettre en avant l’aspect « sécurité » de cette règle.
En revanche, ce que regrettent les entraîneurs, c’est le manque de cohérence des décisions d’un week-end sur l’autre. « Un dimanche, l’arbitre va appliquer à la lettre les nouvelles règles et huit jours après on revient aux règles de la saison dernière. »

 

La nouvelle règle du "pick and go" fait elle aussi débat...

Les nouvelles règles de plaquages ne sont pas les seules nouveautés de la saison dans le rugby amateur, de la Fédérale 2 aux Séries. Depuis le début du championnat, la règle du "pick and go" a également évolué. Explications avec Patrick Beuriot, délégué au développement de l'arbitrage au sein de la Ligue Auvergne - Rhône-Alpes.

 

Dossier réalisé par Manuel Caillaud et Benjamin Pommier
Vidéos : Valérie Guinard et Stéphanie Para

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